Portrait – Rabiatou Diallo : le temps de l’action (deuxième partie)

Après de brillantes études universitaires à l’institut supérieur de l’information et de la communication, Rabiatou Diallo va intégrer le monde professionnel. Elle commence par un stage au studio hirondelle ou elle découvre très vite sa passion pour les enfants.

“De journaliste à activiste, c’est tout un parcours. En 2013, on avait créé une association qui s’appelait Mouvement Solidaire pour les Enfants, malheureusement, elle n’a pas continué à exister. Mais j’ai toujours eu une passion pour les droits de l’enfant, sauf que je n’avais pas encore eu la possibilité de pouvoir exercer la dedans”.

L’aventure démarre en 2015 lorsque Rabiatou se voit confier la tâche de produire une émission consacrée aux enfants. “On a produit une centaine d’émissions. Quelque chose est née en moi. En fait, j’avais au moins la chance de travailler avec plusieurs enfants, et j’ai eu à constituer plusieurs équipes que j’encadrais, qui venait co-animer l’émission avec moi. À un moment c’était eux qui animaient. Et pour moi le fait de les voir autonomes, de pouvoir s’exprimer, d’apporter ma contribution dans la promotion des droits de l’enfant, ça m’a vraiment marqué.”

c’était ça ma voix ! Je me sentais à l’aise

Cette aventure connaîtra aussi son épilogue lorsque deux années plus tard, le projet doit s’arrêter.

“Je me suis demandé qu’est-ce que je pouvais faire pour continuer dans ce sens, parce qu’à chaque fois que je travaillais avec eux, je sentais que c’était ça ma voix ! Je me sentais à l’aise, j’avais l’impression de contribuer à une cause noble. Donc j’y trouvais ma voie. J’ai commencé par une page Facebook ( Raby et les Enfants) et un compte  Twitter, et petit à petit les gens ont commencé à s’intéresser à ce que je faisais, certains ont commencé à me qualifier d’activiste des droits de l’enfant parce que je ne parlais que de ça.”

La problématique des droits de l’enfant est en effet assez préoccupante en Guinée. Malgré les efforts des autorités et des organisations non gouvernementales, qui oeuvrent au quotidien, plusieurs enfants n’ont pas encore accès à l’éducation, la plupart d’entre eux se retrouvent dans le petit commerces souvent imposés par les parents. Les violences et autres sévices corporelles sont récurrents. C’est dans ce vaste monde que la journaliste va se lancer avec une toute autre approche, pour le moins, très originale.

Donner la chance aux autres

“Pour moi il y avait beaucoup de choses à dire, et je ne pouvais qu’utiliser les aptitudes de journaliste que j’avais reçues comme formation, pour pouvoir faire quelque chose dans le domaine de l’enfant. Je me suis dit que je pouvais utiliser ce journalisme que j’ai appris pour pouvoir créer une tribune d’expression pour les enfants de Guinée. Au lieu que les gens continuent à parler de leurs droits, pourquoi ne pas leur laisser la parole? Et l’expérience acquise avec hirondelle m’avait appris qu’en le faisant, les enfants ont des choses à dire, ils ont des histoires à raconter, ils peuvent donner des opinions souvent différentes de celles qu’on pense mieux. Donc je me suis décidé à aller dans ce sens et j’en suis fière.”

Son attachement à ces nobles cause trouve son origine dans sa propre enfance. Si Rabiatou a eu la chance de fréquenter l’école et terminer ses études, d’autres filles de son village n’y sont pas parvenues. “Moi je viens d’une communauté dans laquelle les jeunes filles en particulier n’ont pas la chance d’aller à l’école, et celles qui l’ont n’ont pas souvent la chance de continuer leurs études. Et  dans mon village je fais partir des filles qui ont su émerger, aller à l’école et se forger une carrière.  Je me dis qu’est-ce que je peux apporter au-delà de donner une tribune d’expression  pour que tous les enfants puissent avoir les mêmes opportunités. Je me bats souvent avec cet esprit de combativité pour créer les mêmes opportunités que j’ai eu. Parce que je me dis que si je suis allé à l’école c’est parce qu’on m’a aidé, on m’a tendu des perches, on m’a donné des opportunités que j’ai su saisir. Tout le monde en a besoin, et si ma petite expérience peut changer la vie d’une personne, ça devient pour moi une obligation.”

Naissance du Club Raby et les enfants

Chemin faisant, Raby fait des rencontres, développe sa passion et voit son initiative progresser. Son concept « Raby et les enfants » commence à avoir du succès sur les réseaux sociaux. Cette progression, bien que modeste, lui donne une autre idée:  celle de mettre en place un club. C’est ainsi que le “club Raby et les enfants” a vu le jour. 

Ce club regorge aujourd’hui une cinquantaine d’enfants, dont la tranche d’âge varie de 10 à 17 ans (enfants jeunes ados).  “Nous avons des pépites d’enfants plus jeunes, encadrées par les jeunes enfants du club. Donc moi et mes quatre autres amis, nous ne sommes que des coachs qui encadrons les enfants. On a un conseil d’administration, une jeune présidente (17 ans). Nous avons comme objectif de faire la promotion du droit de participation des enfants aux prises de décisions qui les concernent. Nous avons choisi l’article 12 de la convention internationale des droits de l’enfant de 1989, qui stipule que l’enfant a le droit de s’exprimer librement sur tous les sujets qui le concernent, pour faire la promotion des 53 autres articles.”

Changer le monde

L’idée s’avère payante car Raby et ses compagnons se rendront vite compte que ce domaine méritait d’être exploré. La promotion de ce droit de participation des enfants leur a permis de renforcer leur capacité de leadership. Ils peuvent déjà avoir cet esprit de changer le monde, qui leur permet de devenir plus tard des jeunes leaders conscients des enjeux de la vie de la société, et savoir quelle rôle ils peuvent jouer.”

“Aujourd’hui ils font des réunions sans moi, ils font des comptes rendus, bref ils apprennent à être indépendant, ils n’ont pas besoins de nous. Ils initient des activités (remise de don à des enfants malades, faire des sketches de sensibilisation, collecte de dons) et nous on les accompagne dans la réalisation. Nous sentons qu’ils ont envie d’apporter leur contribution si minime soit-elle, mais c’est une manière de se dire qu’on ne va pas toujours attendre qu’on fasse les choses à leur place.

Rabiatou Diallo et ses amis mènent une lutte noble, courageuse et très prometteuse. Dans le prochain numéro, nous découvrirons ensemble comment se fait cette interaction avec les enfants, quels sont les moyens dont dispose ce club et quels résultats a t-il atteint à ce jour. Rendez-vous la semaine prochaine dans un nouveau numéro de ce portrait spécial Rabiatou Diallo, L’ICÔNE DU MOIS de juillet.

One Reply to “ Portrait – Rabiatou Diallo : le temps de l’action (deuxième partie)

  1. Je suis fière d’elle. Raby est une personne tres noble et elle donne envie aux autres de se battre car elle croit au potentiel que chaque personne a précisément aux enfants. c’est de celà dont on a besoin .
    Raby est une icone et un idole que toute personne devrait imiter par ses bonnes actions

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