Mali: Sur les traces de Mody Oumar Tely,  »doyen de l’humanité », âgé de 125 ans

AFRICAGUINÉE – Il est sans doute le doyen sinon l’un des doyens de l’humanité ! Plus âgé que la Japonaise Kane Tanaka, considéré comme la doyenne de l’humanité depuis 2018, M. Oumar Tély Bah naquit vers les années 1894. Avec ses 125 ans, le doyen Oumar Tely Bah est l’une des personnes les plus âgées au monde. Mais malgré son âge, ModyTelly Fougou garde encore une lucidité inouïe. A son âge, il marche sans canne et reconnait les gens sans lunettes correcteurs. Veuf depuis un an, le doyen Oumar Tely Bah peut même jeûner et ne manque pas la prière de vendredi à la mosquée. Sa vie est exceptionnelle.

L’historien Elhadj Ousmane Dieng explique que son père ainsi son grand-père ont travaillé avec le doyen Oumar Tély qui  a été le protocole des deux dans la chefferie traditionnelle. Il a encore la force de faire le tour de la localité en marchant. L’an dernier, ce père de 4 enfants dont deux filles a perdu son unique femme âgée de 90 ans. Le veuf se souvient presque de tous les chefs de canton et commandants de cercles blancs de 1917 à 1957. À la création de la première école de Mali en 1912 il avait déjà ses 17 ans. Il y a quelques décennies, il est tombé dans un profond coma. Le croyant mort, on l’a conduit au cimetière pour l’enterrer. Surprise déconcertante.  Mody Oumar Tély Bah éternue. Il se réveille de son coma avant d’être ramené en famille. Depuis, il est là à attendre la fin des jours qui tarde à venir.

Selon ses proches que nous avons interrogés, le doyen ne mange pas gras. Ce qu’il aime consommer, c’est la viande séchée, le miel, le fonio et du riz. Il se méfie des huiles et des sucreries depuis sa jeunesse. Les travaux pénibles, il s’en est méfié tout au long de sa vie.

« Mon père, même s’il n’a pas ses 130 ans, il n’est pas loin d’en avoir », confie sa fille Aissatou Bah, âgée aujourd’hui de 62 ans. ModyTely Fougou a été protocole des chefs de cantons, relate-t-elle, fataliste sur les raisons de la longévité de son papa.

« Il est toujours là, ma mère Fatoumata Diaraye Bah l’unique femme qu’il a épousé, est décédée l’année dernière à l’âge de 90 ans. Nous considérons la longévité de notre père comme un don de Dieu. Il va là où il veut sans guide, il fait tout lui-même. Il ne manque  pas les prières de vendredi à la mosquée. Il y a quelques décennies, il est tombé dans un coma profond, nous l’avons cru mort. Sa tombe a été creusée, sa toilette mortuaire faite et couvert dans son linceul, il a été conduit au cimetière. C’est au moment où on s’apprêtait à le mettre dans la tombe qu’il a fait signe de vie. Sur le champ, il demande à manger du fonio préparé par ma maman. Un mortier a été enterré à sa place. On l’a retourné en famille. Depuis il est là sans trop de plainte sur sa santé. Il n’a pas un copain d’âge dans toute la contrée de Labé à Mali jusqu’à la frontière du Sénégal », explique madame Aissatou Bah.

Mamadou Samba Bah, jeune-frère de ModyTely Fougou, révèle que son grand-frère s’est marié tardivement. C’est ce qui selon lui, explique que son fils aîné n’a que 67 ans. « Mon grand frère a côtoyé tous les chefs de canton même les blancs sous l’administration coloniale. Son fils ainé Mamadou Saliou a 67 ans, il vit à Conakry. Les causes de cet écart d’âge entre mon frère et son fils ainé, c’est parce qu’il ne s’est pas marié tôt. Jusqu’à présent il a la mémoire fraiche. Il peut aller prendre un pain chez les boulangers et promettre de renvoyer l’argent demain à midi. A l’heure indiquée, tu le vois venir payer. À son âge, il est souvent absent de la maison il va partout il veut. Personne ne peut vous dire avec exactitude en quelle année il est né, mais il a plus de 120 ans (…) », raconte le petit frère du doyen.

Se fondant sur les archives de l’administration de Mali qu’il a consultées, l’historien Elhadj Ousmane Dieng  donne 125 ans au doyen Telly Fougou Bah.

« Le grand-frère Telly a 125 ans cette année. Je le dis  avec certitude avectoutes les preuves. Selon les recherches, il est né vers 1894. Quand Almamy Bokar Biro fut tué le 14 novembre 1896, Koto Tely avait 2 ans. Quand la première école de Mali a été créée en 1912, Koto Tely était de la partie, il était avec mon grand-père Alpha Mamadou Oury Dieng chef de canton à l’époque. Maintenant, il y a une différence d’âge de 9 ou 10 ans  entre Koto Telly et mon père Alpha Mamadou Cellou Dieng qui est né en 1903. Il est le dernier chef de canton de Mali.  Il a été chef de canton de 1925 à 1957, date à laquelle les chefferies traditionnelles ont été supprimées en Guinée. Koto Tely était d’abord avec notre grand-père après il a travaillé avec mon père. Quand mon père était étudiant à William Ponty de Dakar où il est admis en 1921, c’est Koto Telly qui envoyait son ravitaillement à Dakar. À la création de l’école de Mali, Koto Telly pouvait avoir entre 17 et 18 ans. En 2017, quand l’ambassadeur du japon a rénové la première école de Mali construite en 1912, à cette occasion nous avons fait venir koto Telly. Il a été présenté à l’ambassadeur comme le seul témoin vivant de la création de  cette l’école en 1912. Il a eu suffisamment de cadeaux et d’argent», a expliqué l’historien Elhadj Ousmane Dieng. Il a précisé que le doyen Telly a connu particulièrement les différents commandants de cercles qui se sont succédé à Mali entre 1917 et à 1958.

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