Covid-19: impacts sur le secteur minier guinéen et mesures de résilience

Le secteur minier est, à l’instar des autres secteurs de l’économie mondiale, confronté au risque de baisse d’activités causée par la pandémie du Coronavirus 2019.Dès l’apparition de la pandémie du Coronavirus en Guinée, le Ministère des Mines et de la Géologie a engagé des consultations avec les sociétés minières et les autres acteurs du secteur afin d’évaluer les risques auxquels le secteur est exposé, prendre les mesures de mitigation, et cerner les impacts prévisibles de cette pandémie sur le secteur minier guinéen.

Ces consultations ont aboutis à l’identification des potentiels facteurs de « déstabilisation » du secteur minier notamment :
– les canaux par lesquels les sociétés peuvent être potentiellement exposées;
– les activités qui seraient ou pourraient être impactées;
– l’estimation quantitative des impacts sur les activités des sociétés;
– les mesures prises ou envisagées pour l’atténuation des risques, ainsi que les impacts résiduels attendus.

À la suite de ces discussions, des mesures de résilience ont été adoptées non seulement pour le ministère de tutelle mais aussi au sein des société minières. il s’agit de, entre autres:

– la réorganisation du travail et la prise de mesures strictes de sécurité sanitaire, notamment les gestes barrières, au niveau de toutes les structures du Ministère avec répercussion sur les sociétés minières, le 25 mars 2020.
– La réévaluation des prévisions de production de bauxite et d’or industriel au titre de l’année 2020, au 15 avril 2020.

Les autorités guinéennes visent autant que possible, l’avancement des projets et le maintien des opérations, sans altération des obligations en termes de contenu local et dans le strict respect des mesures sanitaires adoptées dans le cadre de la riposte nationale contre cette pandémie.

La pandémie du Coronavirus fait courir au secteur minier des risques commerciaux, financiers et économiques, et logistiques aux activités minières, ainsi que le risque d’inefficacité au sein de l’administration minière.

Le ralentissement des activités dans la quasi-totalité des secteurs de l’économie mondiale, avec un impact sur les débouchés pour les produits finis, pourrait entrainer une réduction des commandes par des consommateurs de la production minière guinéenne, en particulier au niveau de la bauxite (l’or, valeur refuge, résistant mieux à la crise). Ces impacts se font ressentir autant sur les sociétés en phase de production et celles en phase de développement.

Pour en atténuer les conséquences, le Ministère a pris des mesures pour l’accélération du traitement des demandes des sociétés minières pour éviter toute perte d’opportunité commerciale.

Stratégie de résilience:

Par ailleurs, l’incertitude créée par la pandémie et la réduction des opportunités commerciales pourraient réduire l’accès au financement des projets miniers. Cela conduirait au ralentissement de certains projets, et au report ou à l’annulation d’autres. A l’échelle du pays, il est crucial que les nouveaux projets démarrent pour compenser, ne serait-ce que partiellement les réductions de dépenses des projets ou opérations en cours. C’est pourquoi, tout en accélérant le traitement des demandes courantes des sociétés, le Ministère s’est organisé afin qu’une attention particulière soit portée sur les projets en maturité (proches de la phase de construction ou de production) et ceux en souffrance afin de compenser les impacts de la pandémie avec des activités nouvelles.

Au niveau des approvisionnements, les PME peuvent avoir des difficultés techniques et financières d’assurer l’approvisionnement des sociétés minières en biens et services. Des mesures concernant ces PME ont été prises en compte dans le plan de riposte économique du Gouvernement.

Par ailleurs, les restrictions liées à la gestion de l’épidémie pourraient entrainer une baisse des activités non essentielles à la production minière, ce qui est de nature à réduire les opportunités économiques auprès et autour des exploitations minières.

Outre les efforts de maintien du niveau d’activités dans les exploitations minières, le Ministère a maintenu le programme de mise en œuvre du Fonds de Développement Economique Local (FODEL) afin d’atténuer les impacts socioéconomiques directs et indirects (notamment autour des sites miniers). Cela a permis, à date, d’engager le financement de 984 projets de développement local, y compris les activités génératrices de revenus pour les jeunes et les femmes, pouvant potentiellement créer environ 25 000 emplois.

Sur le plan logistique, les restrictions au mouvement de personnes, de biens et services, imposées par plusieurs pays dans le cadre de la lutte contre la pandémie, peuvent ralentir ou arrêter la chaine d’approvisionnement des sociétés, ainsi que la chaine d’écoulement de la production. La mitigation de ce risque consiste à la prise de mesures facilitant les opérations d’importation et d’exportation de la production des sociétés minières, dans le strict respect des mesures édictées par les autorités sanitaires.

A cet effet, la Circulaire No 0488 a été émise le 10 avril 2020, après consultation des autoritaires des Ministères de la santé et des transports, pour :
– Confirmer formellement, le traitement des exportations de produits miniers dans la catégorie « cargo » faisant déjà l’objet d’une exception dans les interdictions de transport. Il s’agit notamment du transport d’or par voie aérienne et du transport de la bauxite par voie maritime ;
– Permettre le mouvement d’expatriés par vols charters dans le strict respect des mesures sanitaires en vigueur et du contenu local. En particulier, les sociétés doivent obtenir les autorisations requises après avoir fourni la preuve d’un test négatif de chacun des passagers avant le départ. A l’arrivée à l’aéroport de Conakry, des tests de confirmation pour s’assurer que les passagers ne sont pas porteurs du virus, et un suivi journalier en confinement pendant 14 jours, sont effectués par l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire (ANSS).

Sur un tout autre plan, le risque de contamination du personnel et de propagation de l’épidémie au sein des sociétés minières et/ou des communautés environnantes n’est pas exclues. Cela pourrait entrainer une réduction de l’activité, et un arrêt dans certains cas.

La réponse apportée à ce risque depuis le 25 mars 2020, a été, en plus de l’imposition des gestes barrières préconisées par les autorités sanitaires, le l’interdiction des visites non professionnelles et la restriction des conditions de tenue des réunions en face à face.

Contribution à la lutte contre la pandémie:

À date, les sociétés minières ont contribué à hauteur de plus de cinq (5) millions de dollars US, essentiellement en nature, à la riposte nationale contre la pandémie. Une partie des dons en nature concerne les kits d’équipements PCR pour les tests, les tests de détection IgM/IgG, les masques, les gants, les respirateurs artificiels, l’eau de javel, les combinaisons de protection, le savon, les kits de lavage de mains, les thermo flashs et les lunettes de protection.

Par ailleurs, les sociétés minières ont pris des dispositions internes pour la protection sanitaire de leurs employés et apporté des appuis aux communautés locales (notamment en kits de protection et par la sensibilisation) dans le cadre de la lutte contre la pandémie.

Réévaluation des prévisions de production et exportation:

Au vue de l’évolution de la crise de coronavirus dans la monde, une mise à jour des prévisions de production et d’exportation de bauxite et d’or industriel au titre de l’année 2020 a été faite. Cette mise à jour devrait permettre de mesurer l’impact éventuel de la pandémie sur le secteur au terme de cette année.

Ainsi, sur la base des informations disponibles, avec la collaboration des sociétés minières en production, les résultats de cette évaluation indiquent que, à date, le secteur minier guinéen subirait un impact limité de la maladie à coronavirus (Covid 19). Il faut toutefois prendre ces résultats, basés sur des prévisions produites autour du 15 avril 2020, avec précaution dans un environnement global incertain.

Selon le ministère des mines et de la Géologie, la production et l’exportation de la Bauxite et de l’or industriel semblent pouvoir au moins se maintenir au niveau de 2019. Une réévaluation des prévisions annuelles sera effectuée au terme de chaque trimestre.

Attention, prudence:

En tout état de cause, les productions réalisées au premier trimestre 2020 montrent une tendance relativement rassurante, pour le moment, par rapport aux prévisions initiales. En effet, les productions de bauxite et d’or industriel du premier trimestre se sont respectivement chiffrées à 21 millions de tonnes et 97 mille onces.

Même si, à date, l’impact de l’épidémie semble être limité sur le secteur, il est important d’observer de la prudence parce que l’ampleur de l’impact sur les activités minières en Guinée dépendra essentiellement de celui de l’épidémie ainsi que de sa durée dans les pays partenaires commerciaux et financiers du secteur minier guinéen.

Dans ce cadre et dans le souci de cerner toutes les retombées des activités minières, le Ministère a initié une étude pour évaluer les retombées socioéconomiques globales directes, indirectes et induites du secteur dans le pays, ainsi que l’impact d’un choc tel que la pandémie du Coronavirus 2019 sur le secteur.

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